Comment le vibe-coding va changer nos profils de développeurs

Comment le vibe-coding va changer nos profils de développeurs

Par Jean-Sébastien Peru
IAdéveloppementagilité

Après quelques mois de "vibe coding", après avoir sué, soufflé, m’être souvent énervé, après avoir été parfois aussi ébloui, je commence à me faire une idée plus précise de ce qui nous attend à l’avenir en tant que développeurs.

Si les résultats sont encore approximatifs, la DX (developer experience) parfois frustrante et énervante, si pas mal d’itérations partent encore à la poubelle et qu’il reste, au final, plus rapide de reprendre le clavier, il est impossible de nier que les progrès de l’IA pour coder sont hallucinants. Et même si nous ne sommes pas encore tout à fait remplaçables, on s’en rapproche clairement.

Soit le temps gagné sera utilisé pour faire autre chose. Plus de choses. Soit le temps gagné ne sera pas réutilisé du tout. Et son équivalent financier sera simplement économisé.

La vraie question n’est pas tant de savoir si nous serons remplacés par l’IA ou combien de postes seront supprimés, mais plutôt comment notre métier, dans sa pratique, va complètement évoluer.

Il me semble indéniable que nous allons de moins en moins écrire du code, et de plus en plus écrire des prompts, faire des revues de code, valider ou refuser les étapes proposées par notre cher ami (nommons-le Claude ).

Il faudra manager ce collègue, le tempérer quand il prend trop d’initiatives, le recadrer quand il s’égare. Il faudra apprendre à lui parler le plus efficacement possible, avec ce langage si particulier et si peu naturel qu’est le prompt. Il faudra lui donner du contexte, des règles. Il faudra régulièrement modifier ces règles, ajuster, itérer, et tenter de garder le moral, le sourire et l’esprit sain.

Voilà pourquoi j’ai identifié quelques profils possibles de ce que sera le développeur de demain :

Le donneur d’ordre

Donner des instructions à la voix, puis accepter ou décliner les propositions. Être un arbre de décision vivant, en somme. Le vibe-codeur passe finalement son temps à donner des ordres à son agent, puis contrôle et valide.

Le vibe-coding poussé à l’extrême serait une instruction unique donnée au début, suivie d’un enchaînement d’étapes, passivement observées, où l’on clique sur un check vert ou une croix rouge, la mine déconfite.

Dit comme ça, le métier semble tout de suite beaucoup moins sexy. De plus, si la pratique semble reposante sur le papier, ne risque-t-on pas de s’ennuyer un peu et de ressentir le besoin de se salir les mains à nouveau ?

Le responsable qualité

Relire le code généré, faire des reviews, pousser vers la sur-qualité et la performance.

Ici, la piste semble déjà plus intéressante. Avec un travail habituel effectué plus vite, on gagne du temps à investir dans la qualité. Plus d’excuses pour ne pas s’occuper de la dette technique ou pour repousser telle ou telle optimisation. Au-delà de cela, le profil qualité va également pousser la couverture de tests, la sécurité…

Pour beaucoup de développeurs, c’est le rêve. Pour les managers, un peu moins. C’est pour cela que je doute que ce profil prolifère... Mais bravo à ceux qui trouveront (ou garderont) un poste centré sur la qualité et l’excellence.

Le manager de machines

Moins de développeurs humains à gérer, certes, mais à terme davantage d’agents ? Le manager de machines, ou lead dev humain, va devoir gérer sa petite équipe d’agents IA : Claude, Nicolas, Jean-Marc, et même un chat. Tous un peu plus spécialistes dans tel domaine, moins bons dans tel autre, afin de former la feature team la plus efficace et agréable possible.

Il faudra les nourrir, les faire évoluer, gérer les conflits (humains, il a plutôt de la chance ; techniques, il n’est pas à l’abri). Il faudra aussi gérer les contrats de ces prestataires, car chaque prompt compte, chaque requête coûte. La question est bien sûr de savoir si ce poste de manager sera lui aussi un jour menacé… mais en attendant, il reste le seul humain de son équipe, et il compte bien le rester.

L’entrepreneur

Il crée tout seul des SaaS en 15 minutes. Le hic, c’est qu’ils sont désormais des millions comme lui. Y aura-t-il assez de clients pour tout le monde ? Restera-t-il assez d’idées disponibles ? Bonne chance à lui pour se démarquer, en tous cas.

Le plombier

L’artisan, le réparateur, celui qu’on appelle pour un bug impossible à corriger. Maintenant qu’il y a moins de personnel, certaines apps ne sont plus maintenues, les dépendances ne sont plus à jour, ça fuit de partout. Le plombier avait prévenu : il faut entretenir toute l’année, sinon c’est la cata. Et l’intervention coûte cher.

Que ce soit sur une application legacy créée par des humains ou toute récente générée par IA, on aura toujours besoin d’un plombier. C’est aussi le seul capable de comprendre la complexité des vieilles installations et d’avoir le matériel compatible et les pièces de rechange. Le plombier gagne plutôt bien sa vie, et parfois il se déplacera et ne pourra rien faire : il faut tout changer, ma petite dame.

Il y a aussi un autre scénario où l’on retrouvera notre plombier… au premier degré cette fois-ci. https://www.youtube.com/watch?v=tCGETazjZ48

L’artiste (mon préféré)

Toutes les applications se ressemblent, il existe X services qui font la même chose, avec des designs similaires, et cela ne va pas s’arranger avec les IA génératives de code… générique.

Pour se différencier, sortir du lot, certains clients rechercheront l’originalité, l’innovation, la créativité. C’est là où l’IA est pour l’instant en retard, et c’est sûrement là qu’il faudra pousser pour exister.

L’artiste va trouver une opportunité de marché, mais aussi — et surtout — l’opportunité de reprendre plaisir et passion dans son travail.

Moins de temps de développement, c’est peut-être aussi, on l’espère, plus de temps et de budget pour l’expérimentation, les tests A/B, la R&D…

C’est l’occasion de pousser loin les designs, les animations, les interactions. C’est ça qui fera la différence côté business, et côté client final aussi, sûrement.

L’artiste est avant tout un artisan qui aime travailler de ses propres mains, même s’il peut se faire assister par les machines. On pourrait penser que ça ne paie pas facilement ses factures, mais vous seriez surpris du niveau de vie de certains.

C’est peut-être même l’occasion de se tourner, pourquoi pas, vers l’art contemporain. Mettre de l’humour et de la réflexion dans le numérique : moi, sur le papier, je suis ultra client.

Bonus - Le saboteur

Un peu de science-fiction pour finir. Peut-être verra-t-on enfin des développeurs en rébellion contre la machine. Tels les luddites, les canuts des temps modernes, certains vont introduire ici et là des bugs servant soit à révéler le manque de qualité du code généré par IA, soit à provoquer une obsolescence programmée. Le but étant de discréditer les IA et de redonner du travail aux humains. Peut-être même est-ce déjà en cours, qui sait ?

Peut-être les développeurs derrière notre ami Claude ont-ils d’ores et déjà introduit de petites failles, à l’instar de Galen Erso — vous savez, l’ingénieur de l’Étoile Noire.

Des IA rebelles ou défectueuses, voilà qui donnerait bien du travail à notre manager de machines évoqué plus haut 🙂